Arrivés à Villars à partir de la Révolution, les tailleurs de pierres creusois ont fait plus que participer à l’édification du bâti communal. Parmi leurs descendants directs figurent deux magistrats de la commune.
Dans la longue liste des maires de Villars, plus des deux tiers ne sont pas nés à Villars, certains venant parfois de loin : Mâcon, Moulin, Lyon, Orléans, de l’Aveyron et même Lisbonne ! Deux d’entre eux puisent leurs origines directes dans la grande famille des maçons de la Creuse qui se sont durablement implantés à Villars au 19è siècle.
Par ordre chronologique, le premier est Antoine Letissier. Son père Léonard (1768-1819), natif de Saint-Frion dans la Creuse était maçon tailleur de pierres, puis maître maçon. On sait de lui avec certitude qu’il s’est marié en 1790 à Villars avec Marie Léonard. La famille s’est établie d’abord au Bois-Monzil puis à l’Étang (lieu-dit renommé ensuite le Péchier).
De cette union est notamment né en 1801 à Villars, Antoine Letissier. En 1827 et à l’âge de seulement 26 ans il sera nommé maire de la commune. Sous son mandat, sera réalisée la réparation de l’église et du presbytère. Il devra aussi gérer la catastrophe minière du puits Robinot (en 1831) qui aura un retentissement national. Passementier de métier, il décédera bien trop jeune, à l’âge de seulement 36 ans. Son oncle Jean Léonard (le frère de sa mère), rubanier à l’Étang, a également été maire de la commune en 1797 et 1798.
Le second maire aux origines creusoises est Joseph dit Jean Domet (1859-1926). Son père Pierre Domet, natif de Saint-Pardoux d’Arnet dans la Creuse était tailleur de pierres, arrivé vers 1825 à Saint-Étienne. Il finira par s’établir à Villars où il se mariera en 1853 avec Jeanne Malterre, également venue de la Creuse.
Lui aussi tailleur de pierres, puis maçon à la Compagnie des Mines de la Loire, Jean Domet fera son entrée au conseil municipal en 1913. À partir de mai 1914 il sera le deuxième adjoint d’Étienne Reynaud puis le remplacera comme maire en mai 1918. Outre la gestion des réfugiés de guerre et des restrictions alimentaires il devra aussi défendre en justice les intérêts de la commune, en litige avec la Compagnie des Mines de la Loire suite aux dégâts causés par l’explosion du dépôt de poudre fin 1918. Il contribuera également au renforcement de l’éclairage public. Mais le désaccord l’opposant à son adjoint Louis Soulier, concernant l’implantation du monument aux morts, conduira à sa démission en juin 1921. Né le 9 mars 1859 aux Fontaines (là où se trouve aujourd’hui le musée), Jean Domet est décédé le 5 août 1926 dans son domicile rue du Breuil, il repose aujourd’hui au cimetière communal.
A ces deux maires aux origines creusoises, il convient d’ajouter le nom de Jean Verniette (ensuite orthographié Vergnette). Né en 1752 à Saint-Avit (Creuse), tailleur de pierres et maître maçon, il se marie en 1788 à Villars avec Marguerite Cizeron. Il est alors précisé qu’il habite la paroisse depuis plusieurs années. C’est la trace la plus ancienne retrouvée constatant la présence des maçons de la Creuse dans notre commune. En 1794, il apparaît comme commissaire vérificateur. En 1801, il habite à Curnieux et fait son entrée au conseil municipal et en 1803, suite à la démission de Begon, il est proposé pour devenir maire, mais Begon ira finalement au bout de son mandat. En 1808 il est le doyen du conseil et il décédera en 1809 à Villars à l’âge de 57 ans.
CES CREUSOIS MORTS POUR LA FRANCE
Sur le monument aux morts de la commune est inscrit le nom de Louis Faure, natif de Mérinchal dans la Creuse, marié avec Marie Louise Simon, famille également native de Mérinchal et installée à Villars. Sergent au 17è RI il est décédé des suites de ses blessures de guerre le 26 juillet 1915 à Houdain (Pas-de-Calais). Son frère Martin, sergent au 278è RI, est également mort durant la Grande Guerre, tué par l’explosion d’une mine, le 24 mars 1917 dans la Somme. On ajoutera à cette liste Léon Eugène Villatte (son frère Alexandre était maçon à Villars et beau-frère de Louis Faure). Maitre-pointeur au 5è régiment d’artillerie, il est mort tué par l’éclatement de son canon de 75 lors des durs combats d’Alsace près de Metzéral le 29 juin 1915. Maçon de métier, il a contribué à la construction de la cathédrale Saint-Charles à Saint-Étienne où son nom apparaît.
Sources : délibérations du conseil municipal, registres matricules, recensement de population, registres d’état civil
Photo collection musée JM Somet
©H&P-Pierre THIOLIÈRE